
Module n° 1
Module n° 1
Bienvenue dans cette formation sur la création d'un potager en permaculture !
Dans ce premier grand thème, nous aborderons trois modules qui vous aideront à définir votre projet, selon votre contexte et vos objectifs.
Module n° 1 : Un potager en permaculture certes... Mais qui vous ressemble !
Démarrer un potager en permaculture, voire un potager tout court, cela peut sembler être un sacré chantier... Surtout lorsqu'on manque d'expérience !
Vous pouvez à ce stade vous demander : « Quelle est la différence entre un potager permacole et un potager plus « conventionnel » ?
La différence majeure entre un potager permacole et un potager conventionnel est l'environnement dans lequel ils évoluent. Dans un potager classique, on va faire pousser des plantes dans une terre que nous aurons préalablement travaillée (aérée, retournée), et si nous rencontrons un problème lors de la culture de nos légumes (survenue de ravageurs ou de maladie), nous chercherons à traiter le problème en intervenant sur nos cultures avec l'aide de produits phytosanitaires.
Dans un potager permacole en revanche, on cherchera à créer un environnement propice à la bonne santé de nos cultures naturellement, sans intervention humaine. En effet, nous allons inviter la biodiversité à s'installer durablement dans notre potager pour qu'il s'autorégule en partie.
On adoptera des stratégies différentes que celles utilisées dans un potager classique pour arriver à notre but : récolter une abondance de fruits et légumes !
Sachez tout d'abord qu'un potager permacole comporte de nombreux points communs avec un potager plus conventionnel : la manière de cultiver est parfois la même. Les deux méthodes peuvent se compléter, c'est pourquoi nous adopterons tout le long de cette formation un positionnement plus pragmatique que dogmatique.
Bien que nous soyons à 100 % convaincus de la pertinence d'un potager permacole, nous sommes conscients que parfois, selon le contexte, tout n'est pas toujours simple et mérite une réflexion. Nous reviendrons là-dessus très bientôt ! En attendant, tentons de définir ce qu'est la permaculture.
La permaculture est plus une philosophie, un mode d'action, qu'un principe figé. La permaculture ne se limite pas au jardinage. Elle peut s'appliquer à tous les systèmes tant qu'on y adopte les valeurs suivantes : le biomimétisme, la contextualisation, la durabilité, l'économie d'énergie, le respect des êtres vivants, la valorisation des déchets, entre autres ...
Ainsi, dans votre potager permacole, vous aller concevoir un système possédant les caractéristiques suivantes :
- S'inspirer de la nature pour le concevoir et le faire vivre
- Adapté à votre contexte, votre terrain, vos possibilités
- Durable dans le temps
- En économisant l'énergie : aussi bien votre énergie en réfléchissant à l'ergonomie, que le travail mécanique et l'utilisation d'intrants
- Respectueux de l'environnement en invitant la vie à se développer
- Produisant peu ou aucun déchet : en permaculture, rien ne se jette, tout se transforme ! Toute matière peut être valorisée. Nous y reviendrons.
- Le plus autonome et résilient possible. Pour l'autonomie, il est évident qu'un potager demande de l'entretien, une présence régulière, beaucoup plus qu'un verger par exemple. Mais les récoltes sont si satisfaisantes, que ce temps vaut la peine d'être prit !
Aucun dogme, seulement des principes généraux appliqués à un contexte !
Il n'existe aucun dogme, aucune loi fondamentale à respecter, seulement des principes généraux qui permettent de gérer au mieux la production.
Ainsi, la permaculture ne signifie pas s'interdire telle ou telle chose, mais plutôt s'autoriser à réfléchir à la pertinence de telle ou telle pratique. On pourrait donner l'exemple des pommes de terre cultivées sur gazon/paille opposées aux pommes de terre butées, binées sur sol nu.
La première technique consiste à jeter des pommes de terre sur le sol, à les recouvrir d'un épais paillis et à arroser quand c'est nécessaire. Il suffit ensuite de soulever le paillis pour récolter les pommes de terre, souvent posées à même le sol. Quel gain de temps et d'énergie !
La deuxième technique consiste, elle, à préparer le sol, planter ses
pommes de terre, puis venir les buter, les désherber, etc. La récolte
intervient ensuite en creusant dans le sol pour récupérer ses pommes de
terre. C'est souvent ainsi que procédaient nos grands-parents !
Laquelle des deux techniques est la plus permacole ?
La première nous direz-vous. Mais alors, nos grands-parents avaient-ils tort ?!
En fait, cela n'est pas si dichotomique. Si nous ne disposons pas de paillage en quantité suffisante, il sera peut-être plus opportun de tenter une culture bêchée où l'on travaille le sol, bien qu'elle soit coûteuse en temps, en énergie et fasse intervenir le travail du sol, plutôt que de se priver de cultiver des pommes de terre.
En permaculture, on s'adapte en essayant de concilier techniques bénéfiques pour la biodiversité et le sol, avec l'impératif de production. Si le jardinier utilisant la méthode de nos grands-parents n'a pas accès à du paillage, nous pouvons dire qu'il a choisi la méthode la plus pertinente par rapport à son contexte.
Il pourra néanmoins réfléchir à une façon de produire du paillage ou trouver une source d'approvisionnement, afin de faire une transition vers une technique plus efficace, moins énergivore et moins chronophage. Si la culture sous paille est réalisée grâce à l'importation de paille provenant d'un champ situé à 200 km du jardin, la méthode "grands-parents" s'avèrera plus permacole... ! Tout est question de contexte !
Si un fervent défenseur de la permaculture vous critique car vous travaillez votre sol : il a tort ! Le non-travail du sol est effectivement une finalité, mais un principe souvent mis de côté en permaculture est le principe de production : il faut s'assurer une production, et quand vous produirez ce dont vous aurez besoin, vous pourrez améliorer vos pratiques pour les rendre plus écologiques ! Cela dit, les deux objectifs de production et d'écologie peuvent être poursuivis en même temps ! Il faut garder à l'esprit qu'un sol couvert, même légèrement, et non travaillé, est un sol en meilleure santé, nourri, et favorable au développement des organismes et micro-organismes bénéfiques. Travaillez donc le moins possible votre sol et nourrissez-le !
Par où je commence pour créer mon potager en permaculture ?
Pour créer votre potager permacole, une première étape de réflexion est nécessaire. Nous structurerons cette étape en 3 grandes questions :
- Quels sont mes objectifs ?
- De quelle surface je dispose pour cultiver ?
- De quels formes et aménagements ai-je envie pour mon potager ?
Commençons par vos objectifs. L'une des questions centrales à se poser ici est la suivante : « De quel jardin ai-je envie ? »
Les réponses à cette question sont aussi diverses qu'il existe de jardiniers ! C'est à vous de le définir, selon vos besoins et vos possibilités. Voici néanmoins quelques pistes de réflexion :
Souhaitez-vous un grand jardin productif, pour viser l'autonomie en légumes, cultiver vos plantes médicinales et fruitières ?
Visez-vous plutôt un petit potager d'été, pour avoir de belles tomates du jardin, et pourquoi pas quelques courgettes, courges ou autres légumes estivaux ?
Ou encore, êtes-vous attiré par un potager varié, pour avoir un peu de tout, toute l'année, mais pas forcément en grandes quantités ?
Enfin, pourquoi ne pas miser sur un potager qui soit avant tout joli, avec de nombreuses fleurs et peut-être moins de légumes ? Etc.
Ne négligez pas les fleurs dans votre jardin : en plus d'attirer de nombreux insectes, elles participent énormément au bonheur et à la sérénité du jardinier !
Une fois le choix de votre type de jardin effectué, vous pourrez vous atteler à la réflexion autour de la surface qu'occupera votre potager, et ce en fonction de deux facteurs :
- La place dont vous disposez : selon que vous possédiez un balcon, un petit jardin de ville, ou un grand jardin de campagne, vous n'aurez bien sûr pas les mêmes possibilités !
- Le temps dont vous disposez : si vous avez peu de temps à consacrer à votre projet de jardin, nous vous conseillons vivement de viser petit, afin de ne pas se retrouver noyé sous les tâches à réaliser : le jardinage doit avant tout être une source de plaisir ! Ainsi, si vous avez peu de temps et/ou êtes débutant, vous pouvez commencer par cultiver quelques espèces chaque saison, puis agrandir votre jardin au fur et à mesure que vous prendrez confiance en vous. 10 à 20 m² de culture est un bon début par exemple !
Un bon moyen de se décider et de cerner avec précisions ses objectifs est d'avoir recours à la méthode SMART. Voici un exemple :
- S pour spécifique et simple : produire nos légumes et une partie de nos fruits
- M pour mesurable : 80 % de nos légumes et 30 % de nos fruits
- A pour accepté : nous souhaitons avec ma compagne produire cela, d'un commun accord.
- R pour réaliste : 80 % de nos légumes et 30 % de nos fruits, est-ce possible ? Oui.
- T pour délimité dans le temps : dans les 5 ans.
Ce qui donnerait comme objectif : Avec ma compagne, nous avons décidé de produire 80 % de nos légumes et 30 % de nos fruits dans les 5 ans.
Cet objectif paraît réalisable, si l'on s'en donne les moyens. On pourrait également préciser cet objectif : combien de temps par semaine ai-je à consacrer sur ce projet ? Si la réponse est 30 min, on se rend bien compte qu'il va être difficile de produire 80 % de nos légumes ! L'objectif n'est pas réaliste.
Mieux vaut commencer petit, et privilégier des solutions lentes, afin de progresser petit à petit et ne pas se décourager. Vous pourrez réévaluer vos objectifs au fur et mesure : la permaculture, c'est aussi faire des erreurs, ou tout simplement évoluer, et rebondir ou s'améliorer, pour tendre vers le mieux.
Enfin, sachez que pour atteindre l'autonomie en légumes, un potager de 100 mètres carrés (en surface cultivée!) est généralement suffisant pour un foyer de 2 personnes (sans les pommes de terre et les oignons, même si certains y arriveront peut-être !). Cependant, cette surface variera selon les méthodes employées, la fertilité du sol, et le jardinier !
Quand on sait qu'avec de l'expérience, du matériel, et beaucoup de technique, il est possible de produire près de 8 kilos de fruits et légumes au mètre carré par an en moyenne, on comprend qu'il n'est pas nécessaire de cultiver sur 1000 m² pour produire ses légumes.
Cependant, restons réalistes : il est compliqué d'arriver à ce chiffre. Beaucoup de patience, de curiosité et de motivation sont nécessaires pour comprendre son sol, ses cultures, pour réaliser les associations de cultures les plus productives, etc.
Néanmoins, c'est un objectif réalisable, mais cela dépendra de vos méthodes de cultures, de la fertilité de votre sol, de votre disponibilité en eau... Dès qu'un facteur limitant apparaît (fertilité, eau, maladies, ravageurs), la surface minimale augmente inévitablement.
En réalité, il y a un peu deux modèles qui s'opposent pour les potagers :
- Les modèles extensifs : 2/3 kg de récolte au mètre carré.
Ici, on ne recherchera pas le rendement, mais plutôt le gain de temps et l'autonomie en paillage : en réalisant des couverts végétaux, des faux semis, en ayant recours aux bâches pour occulter et désherber le sol... Le but n'est pas de récolter beaucoup sur une petite surface, mais de récolter sans trop d'entretien...
- Les modèles intensifs : jusqu'à 8kg de récoltes au mètre carré, mais généralement moins.
Ici, on va rechercher la meilleure productivité au mètre carré ! Grâce aux associations et aux successions de cultures notamment.
Dans un modèle comme celui-ci, on cherche à réaliser un roulement très rapide entre les cultures : quasiment 100% des cultures sont réalisées en plants puis repiquées (gain sur le temps total que va occuper la culture sur le sol car on enlève la période de germination et les premières semaines de vie de la plante), dès qu'une place est libérée, la zone est remise rapidement en culture, on cherche à avoir tout le temps une plante qui pousse sur chaque zone de culture.
La fertilité est souvent gérée avec des apports de compost réguliers (il est plus simple que le paillage pour serrer les légumes !). Ce modèle est passionnant, car il permet d'être autonome en légume sur de petites surfaces.
La contrepartie est qu'il prend plus de temps que le modèle extensif.
Parmi les personnes qui ont réussi à démontrer que ce modèle était possible, nous avons la ferme du Bec Hellouin, Jean Martin Fortier, Joseph Chauffrey , (Joseph produit 400 kg sur 35 m² de potager et 15 m² de verger !), mais bien avant : les maraîchers de Paris, il y a deux siècles !
N'oubliez pas ce détail important : la mise en place du potager prend beaucoup de temps au début, et ce temps diminue fortement les années suivantes.
Enfin, n'hésitez pas à lister vos ressources, notamment pour ce qui touche au jardin : ai-je de l'eau ? Si non, comment en avoir, comment la stocker ? Ai-je accès à une source d'approvisionnement en matière organique (paillage, compost) ? Si non, ai-je de la place pour la produire ? Ou pourrais-je en trouver ? (cette question sera traitée dans un des modules) Tout cela est important pour bien cerner son projet et savoir s'il est réalisable.
Quand vous aurez déterminé vos objectifs et votre surface de culture disponible, vous pourrez réaliser un petit plan. Pour cela, observation, papier et stylo sont de mise !
Ce plan vous aidera à organiser vos surfaces de culture et vous permettra de prendre plaisir à imaginer ce à quoi pourra ressembler votre potager. Voici quelques exemples de types de jardins, qui peuvent tout à fait se compléter si vous le souhaitez !
• Un jardin bien rangé, avec des planches de cultures droites et bien formées. Sur la photo ci-dessous, il s'agit de notre potager principal sur notre ancien site. Nous avons, depuis cette photo, agrandi la serre et changé l'orientation des planches extérieures.
Il faut dire que le potager aux planches de cultures droites est le plus simple à mettre en place ! Il peut plaire à ceux qui aiment l'ordre et/ou qui cherchent la simplicité . Les potagers droits sont en effet plus simples pour certaines raisons, comme notamment l'installation d'un système d'arrosage en goutte-à-goutte.
Cela peut sembler aller à contre-courant des manuels de permaculture qui conseillent de s'inspirer des formes naturelles. En réalité il n'en est rien : on peut tout à fait avoir un terrain aux formes naturelles, et un potager bien rangé ! Pour avoir pu tester les deux méthodes, le potager bien rangé nous a semblé beaucoup plus pratique. Néanmoins, il appartient à chacun de faire ce choix.
Un jardin aux formes arrondies : sur la photo ci-dessous, nous avons entouré la véranda avec des planches de culture. Ces zones proches de la maison sont abritées du vent et profitent de la chaleur accumulée par les murs. Nous y mettons souvent des patates douces ou des tomates cerises, qui n'ont plus qu'à être picorées en passant devant la maison : un pur bonheur !
Un jardin en îlots, avec de petites zones de productions placées un peu partout sur le terrain. nous avons créé un jardin médicinal proche de la maison : de beaux îlots, dont les bordures ont été faites en ardoises de récupération ! Les ardoises, bien enterrées, empêchent la prolifération de l'herbe dans les îlots. Joli et efficace !
- Des jardins en trou de serrure, si vous avez de la motivation et que vous souhaitez jardiner de façon plus ergonomique. Nous avons écrit un article à ce sujet, que vous pouvez consulter en cliquant ici
Cette liste est bien sûr non exhaustive ! Les types d'agencement sont nombreux. Laissez s'exprimer votre créativité !
Néanmoins, n'oubliez pas de réfléchir à la place que pourrait tenir votre potager dans votre terrain : proche de la maison, le potager serait plus souvent visité ; des herbes aromatiques cultivées sous les fenêtres de la cuisine seraient plus souvent utilisées, etc.
Tout cela est important pour façonner un potager à votre image, adapté à vos habitudes de vie et au sens que vous souhaitez lui donner ! Nous en reparlerons dans le prochain module.
Alors, de quoi à l'air le potager de vos rêves, à votre image ? N'hésitez pas à nous l'exprimer en commentaire !